François Ndoumbe Lea : « Milla est le joueur qui me posait le plus de problèmes en championnat »

Il est sans doute le meilleur défenseur central de l’histoire des Lions Indomptables. Cadre de la sélection nationale au Mondial 1982 en Espagne et à la CAN 1984 gagnée à Abidjan en Côte d’Ivoire, François Ndoumbe Lea a inspiré plusieurs générations de joueurs camerounais.  Tous ceux qui l’ont vu jouer vous diront que des générations qui se succèdent au sein de la tanière, il n’a pas encore pu se dégager  un défenseur qui égale ses qualités techniques hors norme.  Aujourd’hui retranché dans sa résidence au quartier Deido à Douala où il vit paisiblement sa retraite, il prend souvent le temps de ressasser les belles anecdotes de sa brillante carrière à ses visiteurs qui ne se comptent pas. Lionindomptable a eu l’agréable opportunité d’être reçu par ce monument qui ne se lasse jamais de parler du football camerounais et de la trajectoire inquiétante qu’il prend depuis plusieurs années.

Quel est le meilleur joueur avec lequel vous avez évolué ?

A mon époque, le meilleur joueur c’était Roger Milla.

Qu’est-ce qu’il avait de particulier ?

Vous savez bien que, surtout en Afrique, il était difficile à notre époque de nommer un meilleur joueur. Que ce soit dans un pays ou sur tout le continent. La plupart des personnes qui ont eu le Ballon d’or, ce sont des attaquants. Et Milla avait quelque chose de particulier, à savoir qu’il faisait ce qu’il disait. Il y avait des moments où il nous disait qu’il va marquer et il marquait.

Quel est le joueur le plus fou que vous avez connu ?

Dans le Canon, j’avais un coéquipier – Paix à son âme – qui s’appelait Akwa Django. Il jouait à la guitare, et aimait tout le temps s’amuser. C’est lui qui mettait de l’ambiance dans l’équipe à chaque occasion.

Quel est le joueur que vous redoutiez d’affronter ?

En principe, je n’ai pas connu de joueur qui me donnait des insomnies quand on allait affronter son équipe. Durant ma carrière, j’ai toujours eu confiance en moi-même. Je me suis toujours dit que je dois avoir le dessus sur tous les attaquants.

Quelle est la consigne d’entraineur que vous n’avez jamais compris ?

Là où on avait des problèmes, mais à la longue on se comprenait, c’est avec les entraineurs qui venaient de Yougoslavie, qui n’arrivaient pas à bien s’exprimer en français et même en anglais. Il disait par exemple : « Lea né pas circous », c’est-à-dire « pas d’amusement » ; « beaucoup engagement pour cette matche », c’est-à-dire « Beaucoup d’engagement ». Des expressions comme celles-là, que nous avons fini par assimiler. Ils disaient aux attaquants : « Tirer sur sol » pour leur dire de tirer à ras du sol. Parmi ces  entraineurs, il y avait : Jodi Branko, Radé (Rade Ognanovic, NDLR). C’est avec un d’eux que nous avions gagné la première Coupe d’Afrique des Nations à Abidjan en 1984.

Quel est le but le plus important que vous avez marqué pendant votre carrière ?

Malgré mon statut de défenseur, il m’arrivait très souvent de marquer des buts. D’abord, j’étais un bon tireur de penalty, sinon le meilleur à l’équipe nationale. Par exemple, en demi-finales face à l’Algérie (1984), quand on est parti des 120 minutes aux tirs au but, c’est moi qui ai tiré le penalty qui nous a qualifiés. Ici, contre le Congo, ils nous menaient 1-0 et c’est moi qui ai égalisé pour qu’on s’impose à la fin.  A cette époque, je jouais latéral.

Quelle est la plus gros dispute à laquelle vous avez eu à assister dans les vestiaires ?

Nous avons eu cela à Abidjan en 1984, lors du match de poules contre le pays organisateur. Ils avaient cassé des œufs, tué des animaux qu’ils ont jetés dans nos vestiaires. Ils nous poussaient dans les vestiaires et nous résistions, jusqu’à ce que nous avons envoyé deux responsables, appeler le Ministre. Lorsqu’il est arrivé, il a appelé son homologue ivoirien qui est venu trancher ce problème en disant qu’on nous laisse nous échauffer et nous habiller là où nous voulions. Et le problème s’est calmé.

Quelle est la plus grande fierté de votre carrière ?

C’était ma fierté d’être à l’équipe nationale. Et comme les matches ne se ressemblaient pas, chaque match avait son objectif, ses enjeux. Si tu ne te fixes pas des objectifs, tu ne mettras pas long en équipe nationale.  C’est pour ça que tous les matches, je les prenais comme des matches de finale.

Quels sont les meilleurs souvenirs que vous gardez de votre passage à l’équipe nationale ?

Vous savez bien que quand on a perdu la Coupe d’Afrique des Nations en 1972, on n’avait pas une véritable équipe nationale. On a essayé de refaire cette équipe nationale parce que les gens ne venaient pas au stade. En plus, pour que les gens commencent à venir au stade, il a fallu que l’on remporte des trophées à travers des clubs tels que le Canon, Union, Tonnerre, et je faisais partie de toutes ces campagnes. Avec Union, j’ai gagné deux trophées, Avec le Tonnerre, la première Coupe des Coupes que le Tonnerre a gagnée, j’étais de cette édition.

Est-ce qu’il y a des défaites qui vous ont à jamais marqué dans votre carrière ?

Oui. Contre Enugu Rangers du Nigéria à une finale continentale avec le Canon de Yaoundé. Ils nous avaient gagné 2-1 au Nigéria et lors du match retour, la pluie avait fait arrêter la rencontre et ils sont rentrés alors qu’ils nous menaient 1-0 ici.

Quel est le joueur qui vous ressemble aujourd’hui ?

A mon avis, je n’en vois pas. Bien sûr que je ne peux pas me voir moi-même jouer et me qualifier. Mais selon ce que j’écoute des gens, les époques ne se ressemblent pas. Parce qu’à voir notre époque, celle qui nous a un peu ressemblés au point de vue victoire, au point de vue volonté, c’était celle des Ekeke, des Makanaki…

Quel est le moment de votre carrière où vous vous êtes senti le plus fort ?

Selon les journalistes, c’est au moment où l’on cherchait la qualification pour la Coupe du Monde 1982. Cette Coupe du Monde, c’était la grande époque. J’ai vu comment j’étais au sommet de ma forme.

Quelle est l’anecdote de votre carrière que vous n’avez jamais racontée ?

Oui ! Même maintenant, je ne peux pas la raconter. Beaucoup me demandent comment j’ai fait pour avoir le nom de Général. Beaucoup de gens m’ont chatouillé mais je ne peux jamais le dire parce que parmi les gens mêmes qui m’ont nommé ainsi, il y avait un journaliste qui est déjà décédé. Donc, je n’aime pas m’en souvenir.

Quel est l’attaquant qui vous a le plus posé de problème ?

C’était Roger Milla. Nous avons joué dans la même équipe, le Léopard. Quand je quitte le Léopard pour le Canon, lui il  rejoint le Tonnerre. C’est le joueur qui me posait des problèmes au niveau du championnat. Sur le plan africain, il y a Kalusha Bwalya de la Zambie qui m’a aussi posé de sérieux problèmes.

Avez-vous des regrets ?

Vous savez que chaque chose qu’on a faite et bien, on veut bien y rester et continuer à le faire. Mais la vieillesse fait défaut. Il n’y a que ça que je regrette.

Y a-t-il un joueur perdu de vue que vous aimeriez revoir ?

C’est Tokoto Jean Pierre que j’aimerais revoir. Nous avons joué en équipe nationale et nous avons qualifié le Cameroun pour sa première Coupe du Monde ensemble. Et il y a été pour beaucoup de choses. Depuis 1982. Après qu’il soit venu jouer le match retour ici, on s’est retrouvés en Espagne et depuis la fin de cette Coupe du Monde, on ne s’est pas revus. Il est aux Etats-Unis et je n’ai pas encore eu l’occasion de le revoir. Mais je souhaiterais qu’on se voie parce que c’est un aîné qui est très gentil, très sympa, très rassembleur aussi. Ça fait 37 ans que nous ne nous sommes pas vus.

Par la Rédaction

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Résultats

Cameroun3:0Comores

Classement

Rang PaysPts
1Maroc11pts
2Cameroun11pts
3Malawi5pts
4Comore5pts