Isaac Sinkot : « Mon plus grand regret, c’est de n’avoir pas été à la Coupe du Monde 82 alors que j’en avais la possibilité »

C’est avec une très grande fierté qu’Isaac Sinkot dirige la Dynamo de Douala, club dont il est l’un des emblèmes pour avoir longtemps arboré son brassard de capitaine dans les années 80. En tant que joueur il a permis de hisser les Bana Ba Njoh au plus haut sommet. Son parcours chez les Lions Indomptables fut également épique. Il faisait partie du groupe qui avait offert au Cameroun son tout premier trophée de la Coupe d’Afrique des Nations en 1984 en Côte d’Ivoire. Ce moment historique constitue sans doute le meilleur souvenir de sa riche de carrière de footballeur dont il a accepté de revenir sur les anecdotes les plus croustillantes, pour ce nouveau numéro de votre magazine Lionindomptable.

Isaac Sinkot, Bonjour

Bonjour

Si on vous demandait de faire un petit commentaire sur l’actualité du football camerounais, que diriez-vous ?

Je dirais que le football camerounais se porte bien. Nous sommes sur tous les tableaux. Avec les U17, nous venons d’être champions d’Afrique. Chez les filles, nous préparons la Coupe du Monde et les séniors garçons seront bientôt à la CAN en Egypte. Sur le plan local, vous voyez les play-offs qui sont une bonne expérience, c’est vrai que c’est risquant mais c’est promoteur. Je pense que dans l’ambiance, ça se joue. C’est positif. Je pense en plus qu’avec l’arrivée du président Seidou Mbombo Njoya à la tête de la FECAFOOT, beaucoup de choses changent positivement.

Quel est le joueur qui vous a le plus posé de problème dans votre carrière ?

A l’époque, nous ne faisions pas un championnat, c’était peut-être une CAN, l’UDEAC ou les Jeux Olympiques. Le Journal Jeune Afrique me retenait comme le meilleur latéral des deux Coupes d’Afrique des Nations 1984 et 1986 et je crois que l’équipe qui était la mieux en forme, c’était l’équipe du Nigéria en ce moment-là. Ils avaient une bonne équipe. Je crois que c’est l’attaque du Nigéria qui pour moi, était la plus redoutable.

Quel est votre meilleur souvenir en tant que footballeur ?

Le hasard a voulu que je sois parmi ceux qui ont offert la CAN pour la première fois au Cameroun en 1984. C’est le Champion d’Afrique que j’étais en 84 qui est mon meilleur souvenir dans les Lions.

Et votre pire souvenir ?

C’est de n’avoir pas été retenu en 1982 pour la Coupe du Monde alors que j’en avais la possibilité. Mais étant capitaine de la Dynamo, on avait préféré me retenir en club puisqu’on avait déjà pris six joueurs chez nous. En réalité, chez nous, on ne savait pas l’importance et la signification  de la sélection  pour la Coupe du Monde. Pendant qu’on retenait, c’était pour une Coupe du Monde jumelée avec la CAN à Tripoli. La Dynamo elle, était engagée à la Coupe d’Afrique des Clubs champions et mon président, le patriarche Mbous trouvait qu’amener son capitaine à la Coupe du Monde ne servait à rien. La démarche était faite pour que le capitaine au moins reste pour défendre les couleurs de l’équipe et voilà pourquoi je passe à côté alors que j’étais physiquement et techniquement un bon partant pour cette compétition.

Vous regrettez  cela aujourd’hui ?

Bien sûr ! Parce qu’après la défaite des zaïrois à l’époque par 9 buts à 1, nous allions à cette compétition pour montrer une meilleure figure de l’Afrique en encaissant tout au moins,  moins de buts. Et curieusement, nous avons fait une Coupe du Monde sans perdre et ça a été vraiment quelque chose de positif avec de regrettée mémoire, Jean Vincent.

Est-ce qu’il y a un de vos anciens coéquipiers perdu de vue que vous aimeriez revoir ?

Oui ! Il s’agit d’Awoudou Ibrahim qui, pour la première fois m’avait fait sillonner un centre commercial en France où il fallait à l’époque acheter les DVD pour pouvoir lire les vidéos. C’est lui qui m’avait aidé à le faire. C’est un ancien collègue que j’aimerais vraiment revoir. On s’entendait très bien dans les blagues.

Vous ne vous êtes pas vus depuis combien de temps ?

Depuis bien longtemps. Quand il arrive, il est à Mbalmayo, la ville où il a grandi, où il a le plus vécu au Cameroun. Mbalmayo étant loin de Douala, ce n’est toujours pas évident qu’on se voit le temps de son séjour.

Quel est le meilleur joueur avec lequel vous avez évolué ?

Incontestablement, c’est Son Excellence Albert Roger Milla. C’est quelqu’un qui pouvait marquer à tout moment du match, tant que le match n’était pas fini, on lui faisait confiance. La preuve : A moins quelques minutes à Alexandrie, contre le Maroc, Il nous avait délivré pour que nous puissions jouer la finale contre l’Egypte.

Quel est le meilleur entraineur que vous avez connu ?

Je pense que tous était meilleur mais Radé Ognanovic de regrettée mémoire était spécial pour moi. Vous savez, c’est la personne avec laquelle vous gagnez que vous retenez le plus. C’est quelqu’un qui savait faire un mélange de joueurs vieillissants et de jeunes joueurs. Il savait donner les limites de jeu à différents postes. C’est quelqu’un qui a retenu mon attention et je calque sa façon de faire.

Et le meilleur stade que vous avez connu ?

Pour moi, c’est le plateau à Abidjan où le Cameroun avait gagné sa première CAN. Il s’agit du Stade Houphouët Boigny à Abidjan.

Quelle est la plus grosse dispute à laquelle vous avez assisté pendant que vous étiez joueur ?

C’était rare les disputes à notre époque où nous avions beaucoup de blagueurs. Ma chambre d’ailleurs était une chambre de blagueurs. Mon co chambrier était Enoka Edmond et la plupart des joueurs quittaient leur chambre pour venir s’amuser chez nous. J’étais avec soit Enoka, soit Bonaventure Djonkep. Chaque fois, c’est là où nous réunissions pour raconter les histoires.

Quel est le moment où vous vous êtes senti le plus fort ?

C’est quand j’entre comme titulaire contre la Côte d’Ivoire en 1984 pour barrer Youssouf Fofana. J’ai réussi cette mission. Je me suis senti fort parce que j’étais le passeur de l’unique but de Roger Milla avec le fameux centre extérieur du pied.

Peut-on dire que c’est le moment qui a changé votre carrière, cette Coupe d’Afrique 1984 ?

Non, pas du tout ! A partir du moment où je portais le brassard de mon équipe, la Dynamo, j’assurais l’animation de mon équipe étant latéral. Donc, j’étais parmi les joueurs acceptables du championnat. Je n’étais pas un joueur médiocre. Quand une équipe jouait contre la Dynamo, on sentait quand même qu’il y avait quelqu’un à mon poste. Donc, en réalité, je passais parmi les meilleurs latéraux gauches de ma génération. Quand on était déjà moyen dans le championnat camerounais qui était très disputé, on était déjà sûr de faire une bonne compétition à l’international.

Est-ce qu’il y a une anecdote de votre carrière que vous n’avez jamais racontée ?

Oui ! Beaucoup de personnes ne savaient pas qu’à Abidjan à l’époque, j’avais fait l’école de navigation à Atékoubé, Groupe Ecole de la marine marchande comme marin. Donc, quand on arrive à Abidjan pour la CAN, la ville ne m’était pas nouvelle. J’allais là-bas sans complexe comme quelqu’un qui y faisait les Jeux universitaires. Je jouais sans complexe et les gens n’ont pas su qu’Abidjan ne m’était pas nouveau. Je pouvais m’exprimer sans problème parce que j’avais fait l’école de navigation là-bas en 1981-1982. Ça coulait et on faisait les Jeux Universitaires. Je connaissais les stades et le mode de vie en Côte d’Ivoire.

Il se dit quand même que pendant le match Cameroun-Côte d’Ivoire en 1984, il avait régné une énorme tension avec des œufs cassés dans votre vestiaire et des cadavres d’animaux jetés là-bas. Vous vous en souvenez ?

Oui, je m’en souviens. Ils avaient utilisé beaucoup de tact pour nous endormir, pour nous faire peur. Dans les vestiaires, ils nous ont envoyé des hôtesses en petites tenues, ils ont cassé les gris-gris. Mais vous savez, le football amateur au Cameroun à l’époque, était habitué à ce genre de comportement. On savait que ça existe et du coup, ça ne nous faisait pas peur.

Peut-on dire aujourd’hui que votre reconversion en tant que coach, puis en tant que dirigeant vous réussit ?

Plus ou moins ! Ce que beaucoup de gens n’acceptent pas. C’est vrai qu’aucune personne ne peut faire l’unanimité, mais on se bat. On sait que c’est comme ça le milieu africain et même mondial. Mais quand on sait où on va, on sait sur quoi s’accrocher. C’est un peu comme des gens qui sont restés en esclavage pendant longtemps et qui ont été libérés. Vous savez, quand vous mettez longtemps en prison, une fois qu’on vous donne la liberté, ça ne vous arrange pas parce que vous n’avez plus de repères pour venir vivre correctement. C’est ce qui se passe. La Dynamo a été prisonnière depuis longtemps, les gens ont été en prison et maintenant qu’on a libéré le processus, les anciens prisonniers ne se retrouvent pas. Ils trouvent toujours qu’il y a à faire alors que mon équipe et moi, nous savons où aller, on sait que ce n’est pas facile mais on se bat au quotidien. C’est pourquoi la Dynamo n’est même pas parmi les équipes qui ne paient pas les joueurs, ni les encadreurs. Nous faisons partie des équipes les mieux structurées, je peux le dire, dans notre championnat professionnel. Les joueurs se plaignent moins, de même que les entraineurs. C’est vrai que les résultats ne suivent pas mais nous faisons tout pour être professionnels.

Quel est le joueur après votre génération qui vous a ressemblé ?

C’est Rigobert Song. Vous savez, même l’appellation de « Magnan » est ethnique. Ça veut dire « mon frère ». Il y a des appellations qui sillonnaient à l’équipe nationale à l’époque. Il y avait « Hagna », il y avait « Mola ». Un temps quand les Bassa étaient majoritaires, il fallait dire « Magnan ». Mais ce que Rigobert a en commun avec moi, c’est cette hargne.

Sortons par un commentaire sur les Lions Indomptables. Pensez-vous que les Lions indomptables soient capables de conserver leur trophée en Egypte ?

C’est difficile à dire. Je crois que les entraineurs qui sont là sont vraiment professionnels. Nous avons quand même dans cette équipe des joueurs de valeur qui peuvent faire la différence. Nous n’avons pas une équipe vieillissante. Nous avons une équipe jeune capable de tout. Je pense que c’est le passage au deuxième tour qui est acquis parce que nos entraineurs, pour une fois, sont en train de vivre le football africain. C’est vrai qu’ils sont noirs de peau mais c’est une autre paire de manche. Le football européen et le football africain sont différents…

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Résultats

Cameroun3:0Comores

Classement

Rang PaysPts
1Maroc11pts
2Cameroun11pts
3Malawi5pts
4Comore5pts