François Omam Biyik : « J’ai choisi le Cameroun au détriment de ma place à Marseille »


Le 8 juin 1990 restera à jamais gravé dans sa mémoire. La principale image qu’on garde de lui est ce but célèbre de la tête qui permettait au Cameroun de s’imposer d’entrée de jeu face à la redoutable équipe d’Argentine de Diego Maradona lors du mondial 90 en Italie. François Omam Biyik fort de ses 75 sélections pour 45 buts reste l’un des meilleurs attaquants qu’a connu l’équipe nationale du Cameroun. Élégant et brillant technicien, Oman Biyik parti de son Puma natal où il a évolué de 1984 à 1986 avec Puma FC avant le Canon de Yaoundé de 1986 à 1987, réalise l’essentiel de sa carrière en clubs en France, portant les couleurs notamment du Stade lavallois, du Stade rennais, de l’AS Cannes, de l’Olympique de Marseille, et du RC Lens. Vainqueur de la coupe d’Afrique des nations en 1988, il a aussi gagné la Coupe d’été 1994 avec le Racing Club de Lens et élu meilleur joueur du Tournoi de Toulon en 1985. Ses passages au Mexique (Club America), en Grèce (Telamon FC) et en Italie (Sampdoria Gênes, CF Puelba) seront couronnés de succès avec un peu plus d’une cinquantaine de buts. En 2000, après avoir participé à trois Coupes du monde (1990, 1994 et 1998), il met un terme à sa carrière internationale pour se reconvertir à l’entraînement. Pour la postérité, il décide en 2016 de consigner son histoire dans un ouvrage autobiographique intitulé “Mon But”.

Quel est le défenseur que vous redoutiez le plus pendant votre carrière ?

“J’en ai tellement rencontrés, mais je garde en souvenir Stephen Keshi de regrettée mémoire avec qui on a eu des duels en équipe nationale. Mais je citerais aussi Basile Boli, parce que pour que je signe à Marseille, Bernard Tapie qui était le président lui pose la question de savoir quel est l’attaquant qui lui pose des problèmes en championnat camerounais et il a dit que c’était moi. Et c’est le début du contact avec l’Olympique de Marseille”

Quel est le coéquipier le plus méchant que vous avez connu ?

“Je ne dirais pas qu’il était méchant. Je dirais simplement qu’il était maladroit. Je parle de  Prunier qui jouait à Auxerre avec Basile Boli”

Quel est le coéquipier le plus drôle que vous avez connu ?

“Mabouang Kessack, car il savait toujours mettre l’ambiance dans les vestiaires même au moment où tu avais le moral à zéro. Au moment où j’avais vraiment envie de me changer des idées, il avait toujours des anecdotes, et même ce matin on en parlait encore. C’est vraiment le coéquipier le plus drôle que j’ai rencontré de ma carrière”

« En 1990, pendant le mondial, je pense que je surfait sur une vague »

Avez-vous eu peur à l’annonce du retour de Roger Milla au Mondial 90 ?

“Non. Tout au contraire, personnellement, j’ai pris ça pour une motivation supplémentaire, parce que je savais que c’est un joueur qui a de l’expérience et de la qualité, et qui avait de l’envie, car pour son retour, il avait démontré déjà en jouant des matchs avec le Tonnerre au Cameroun qu’il était capable. Donc, pour moi, c’était un plus que de l’avoir dans le groupe. Peut-être que d’autres n’ont pas apprécié son retour mais moi je n’y trouvais aucun inconvénient. D’ailleurs, Roger et moi sommes restés de bons amis, on a essayé maintes fois de nous mettre en confrontation, mais c’est un grand frère pour qui j’ai toujours eu beaucoup de respect. C’est vrai qu’il y a eu souvent de malentendus, mais jamais de problèmes personnels”

Quel est le moment qui a changé votre carrière de footballeur ?

“D’aucuns diront qu’en 1990, ce but a changé ma carrière, mais pour moi non. Je pense que ce sont mes premiers buts en tant que professionnel avec Laval. Au premier match, je suis remplaçant, de même qu’au deuxième match. Je suis titularisé au troisième match, on joue contre Toulouse et je marque deux buts de la tête. Je penses que c’est ce jour que ma carrière a complètement changé”

Avez-vous des regrets ?

“Non je n’ai pas de regrets, j’ai fait des choix que j’ai assumés. Beaucoup de ces choix ont marché. Le seul regret que je peux avoir c’est à Marseille où j’aurais dû rester plus longtemps. Mais je ne pouvais pas parce qu’à l’époque les sélections jouaient en même temps que le championnat en France. Donc il fallait venir jouer avec le Cameroun ou rester à Marseille. Bernard Tapie m’a demandé de faire un choix et j’ai choisi le Cameroun au détriment de ma place à Marseille. Et même là je ne le regrette pas véritablement”

Quel est la plus grosse fête à laquelle vous avez participé dans votre carrière ?

“En 1990 c’était la grosse fête après la victoire face à l’Argentine, on a pas dormi du tout. Déjà en 1982 je ne sais pas si les familles des joueurs étaient là-bas, mais en 1990 nos familles étaient là, femmes et enfants sont venus à l’hôtel, Yannick Noah était là. C’était vraiment la fête car ce groupe était pratiquement une famille”

Y a-t-il une anecdote de votre carrière que vous n’avez jamais racontée ?

“(Rire…) Il y en a plein, mais comme je dis, les anecdotes de footballeurs ça reste dans les vestiaires, il ne faut pas tout livrer”

D’aucuns estiment que votre retour en 1998 avait fait ombrage à des jeunes comme Patrick Mboma qui avait le vent en poupe. Est-ce votre avis ?

“C’est vrais que Patrick Mboma avait le vent en poupe, mais ce n’est pas moi qui décide de le faire jouer en milieu défensif, c’est l’entraîneur. Je reviens en 1998 après avoir passé deux ans sans jouer en équipe nationale, je venais juste six mois avant de signer à Sampdoria en Italie. Donc, j’arrive et on me confie le brassard pour un mondial où il n’y a jamais eu de primes de matchs, encore moins de primes de participation parce qu’avec Claude Leroy on avait tout calé. Patrick est arrivé et malheureusement on perd le feu Foé qui s’était blessé le dernier jour de l’entraînement.  Claude Leroy décide de faire reculer Patrick, et ce n’était pas pour l’enlever car j’avais déjà fait mes preuves pendant les matchs amicaux. A Rennes, quand on joue contre la sélection de Bretagne je marque, contre la Hollande je marque, et c’était ainsi à tous les matchs. Donc je n’ai fait ombrage à personne, j’ai gagné ma place tout simplement”

Quel est le joueur avec qui vous avez aimé évolué en club et en sélection ?

“J’ai toujours pris du plaisir à évoluer avec Roger Milla en sélection. On n’est pas de la même génération, mais le feeling est tellement vite passé qu’on s’entendait à merveille. Donc moi j’ai beaucoup appris auprès de lui et pris du plaisir à jouer à ses côtés en sélection. En club j’ai connu kalushia Bwalia au Mexique, c’était un régal”

Quel est le coach qui vous a plus marqué dans votre carrière ?

“Chacun m’a apporté quelque chose dans ma carrière. Mais je garde un souvenir pour Karl Hans Vegan, l’entraîneur national que j’ai eu en équipe nationale junior. Aussi, je parlerais de Michel Lemillenaire que j’ai eu à Laval qui a parfait ma formation. Je parlerais de Léo Benaker que j’ai connu au Mexique, Marcello Bielsa que j’ai connu au Mexique aussi. Je n’oublierai pas Claude Leroy”

Quel a été votre stade préféré ?

“Le stade Ahmadou Ahidjo. Je n’ai jamais perdu un match là-bas en sélection. C’est un stade qui m’a réussi, je faisais tout ce que je voulais là-bas”

Y a-t-il des buts marqués dans ce stade que vous gardez précieusement en souvenir ?

“Il y a ce match contre le Nigeria où il faut absolument gagner lors des éliminatoires de la coupe du monde 90. En face de Keshi, je marque le but du 1 but à 0. Il y a Cameroun-Zimbabwe, toujours lors des éliminatoires de Coupe du monde où je marque l’un des 3 buts qui nous permettent de nous imposer 3-0”

Quelle était votre idole ?

“Mon frère Kana Biyick a toujours été mon idole, parce qu’il savait tout faire sur un terrain de football. J’ai eu à apprécier aussi des joueurs comme Van Basten”

Quel était votre Mentor ?

“Kana Biyick (rire…). Comme je vous le dis, il savait me laisser le temps de m’amuser comme il savait aussi prendre du temps pour me mettre au pas quand il le fallait, il savait me protéger. Bref il savait exactement ce qu’il fallait faire en toute circonstance”

Y a-t-il un ancien coéquipier  perdu de vue et que vous aimeriez revoir ?

“Il y en a beaucoup, mes anciens coéquipiers du Canon par exemple, Engoudou dit “shwazer” dont je ne sais ce qu’il est devenu ; il y’a Linga toujours dans le Canon, on a même travaillé à la CNPS ensemble, je ne sais pas là où il est. Ce sont des gens que j’aimerais bien rencontrer de nouveau”

Par la Rédaction

Please follow and like us:

Résultats

Cameroun3:0Comores

Classement

PosTeamPWGDPts
100411
200211
30015
40005