Exclusif: Les vérités de Pascal Owona

Son passage à la tête de la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT) a été court mais très agité du fait de nombreuses adversités. Qu’importe, l’histoire retient qu’il a été à la fois le dernier président nommé mais aussi le premier président élu (1992) à la tête de l’instance faitière du football national. Ses états de service en tant que joueur de l’équipe nationale du Cameroun sont tout aussi éloquents. Elu par ses coéquipiers dans les vestiaires du Stade de Kinshasa, il remplaça Mbappe Leppe comme capitaine de la sélection non encore baptisée « Les Lions indomptables », en 1968. C’est d’ailleurs lui qui conduisit les troupes lors de la première participation du Cameroun à la phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations, en 1970 en Côte d’Ivoire. Le brassard, il l’a également arboré pendant 10 ans au sein du Tonnerre Kalara Club (TKC) de Yaoundé. Aujourd’hui retiré du monde du football, Pascal Owona Baylon ne constitue pas moins une bibliothèque dont les dirigeants actuels du football camerounais peuvent se rapprocher pour puiser le maximum de conseils tirés de son expérience et de son vécu à la fois en tant que joueur et principal dirigeant du football camerounais, afin d’essayer de sortir notre sport roi du marasme qu’il traverse en ce moment. Alors que sa parole se faisait rare depuis un bon moment, Lion Indomptable a eu le privilège d’être reçu par ce patriarche du football camerounais. Au-delà de son expérience personnelle qu’il raconte avec la plus grande sincérité, il nous permet de renforcer et d’enrichir nos connaissances sur l’histoire du football camerounais, à travers des anecdotes et d’autres révélations croustillantes. (Première partie)

Bonjour  Pascal Owona

Bonjour

Pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs qui vous ont oublié ?

Je suis Pascal Baylon Owona, un ancien joueur de football. Au niveau du club, je n’ai joué qu’au Tonnerre, puis à l’équipe nationale du Cameroun.

Quel est le joueur que vous avez perdu de vue que vous aimeriez revoir ?

J’ai souvent joué à l’équipe nationale avec Ndoumbe France. C’était ma doublure. Je jouais libéro et il jouait stoppeur. On était tout le temps ensemble. Je ne sais pas qu’est-ce qu’il est devenu. Autre joueur que j’ai perdu de vue, c’est Moukoko Confiance. Malheureusement, je crois qu’il est décédé. C’était un garçon constant. Chaque fois qu’il était sur un terrain de football, il jouait bien et toutes ses énergies, il les mettait au service de l’équipe.

Quelle a été votre plus grande frayeur en tant que joueur ?

Toutes les rencontres, vous le savez, ne se ressemblent peut-être pas mais chaque joueur face à un adversaire, s’il est sportif doit le respecter.  Il y a toujours cette frayeur-là parce qu’on ne sait pas d’où peut venir le danger. C’est la surprise. Vous pouvez avoir affaire à une équipe très forte que vous dominez mais vous pouvez avoir affaire à une équipe qu’on présente comme étant faible et puis, vous rencontrez toutes les misères du monde. J’ai toujours eu de la frayeur face à mes adversaires parce que je les respectais en tant qu’adversaire. C’est une question un peu compliquée. En tant que footballeur, ma plus grande frayeur, je peux dire, c’est le jour où nous avons joué à Yaoundé au Stade de l’Hippodrome contre le Caïman de Douala. Ce jour, la tribune s’est effondrée. J’ai eu peur. Nous étions hors d’atteinte sur la pelouse mais les gens qui étaient sur la tribune, surtout la tribune qui s’était écroulée, ça nous a fait peur. C’est au cours de cette rencontre que j’ai eu le plus peur, j’ai vu les tribunes s’écrouler et puis des gens mourir.

Quel est votre meilleur souvenir  en tant que footballeur ?

Mon meilleur souvenir, c’est le jour où nous avons joué contre la Côte d’Ivoire en 1970, la première participation du Cameroun à la phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations. J’ai été satisfait de me rendre compte que le Cameroun était capable d’un sursaut. Parce qu’à la mi-temps, nous étions menés 2 à 0 mais nous avons fini par battre la Côte d’Ivoire par 3 buts à 2. C’est vraiment le meilleur souvenir que je puisse avoir gardé d’une rencontre de football au niveau national.

Quel est l’entraineur qui vous a le plus marqué ?

L’entraineur qui m’a le plus marqué ? Je dois dire que j’ai connu Dominique Colona (français) en 1965, il avait conduit notre équipe en Allemagne. C’était un grand entraineur parce qu’il était copain avec les joueurs mais pas copain-copain… Il était avec nous, près de nous mais très stricte quand il le fallait. Il faisait passer ses messages et il ne fallait pas s’amuser. Il donnait des consignes…et puis, parmi les camerounais, Fobete qui a amené notre équipe à Khartoum avait aussi un peu le tempérament de Colona, c’est-à-dire copain avec les joueurs mais qui savait être stricte quand il le fallait. Il était notre ami mais il savait se mettre à la place de l’entraineur. Quand il donnait des consignes, il ne fallait pas passer à côté.

Quel est l’attaquant que vous détestiez rencontrer ?

Salif Keita était très difficile à contenir comme attaquant.

Votre plus grand regret ?

Mon plus grand regret, c’est d’avoir été capitaine du Tonnerre pendant dix ans sans avoir eu un trophée: ni la Coupe du Cameroun, ni le championnat du Cameroun. Mais nous étions toujours proches du titre. Parfois, on était battus en finale de la Coupe du Cameroun, parfois on frôlait la première place au championnat mais jamais on n’a été champions. C’est mon plus grand regret de n’avoir pas pu gagner un trophée avec mon équipe, le Tonnerre.

Le joueur le plus fort avec lequel vous avez joué ?

Le joueur le plus fort avec lequel j’ai joué ? Au niveau du club, j’ai eu beaucoup de joueurs qui étaient très bons. Je pense à Nlend qui est encore là. C’était un très grand joueur.

Le plus grand moment de honte que vous avez vécu ?

C’était lors d’une compétition au Stade militaire. On jouait contre Prisons de Buea. J’ai taclé un joueur de Prisons de Buea, je l’ai taclé normalement, il est tombé et il s’est braqué avec sa godasse et il m’a foutu un coup à la gueule. Je garde encore cette cicatrice-là. Ça a percé ma lèvre inférieure jusqu’à l’intérieur. C’est un très mauvais souvenir que j’ai gardé… C’est un peu difficile de se rappeler l’année. Il y a eu une bagarre parce qu’il ne m’était jamais arrivé d’avoir une réaction épidermique. Mais comme j’étais par terre, quand il m’a donné ce coup-là, lui qui était couché. Quand j’ai mis la main sur la bouche, à l’endroit qui était blessé, mon doigt est rentré dedans, je me suis rendu compte que c’était une blessure grave, j’ai rendu… On ne m’avait jamais vu dans cet état. C’était la première et la dernière fois que j’avais eu une telle réaction. Les gens ne comprenaient pas et le match s’est arrêté. On a programmé cette rencontre une deuxième fois et nous avons pu fraterniser, nous nous sommes retrouvés avec le même joueur, nous nous sommes embrassés et ça a été oublié.

Votre bête noire ?

Sur le plan local, vous savez que les rencontres entre équipes de la même localité  sont très difficiles. Quand on jouait contre le Canon, c’est un peu une partie de la ville qui jouait contre l’autre partie : le Canon de Nkolndongo et le Tonnerre de Mvog-Ada. C’était des matches vraiment très difficiles.

Et le transfert qui a failli se faire ou le club où vous avez rêvé jouer ?

Sur le plan local, je n’ai jamais pensé un jour quitter le Tonnerre. Les dirigeants m’ont amené au Tonnerre, j’y ai joué, je me suis plu au Tonnerre et je suis encore au Tonnerre jusqu’aujourd’hui. Je ne suis pas joueur mais quand ils me sollicitent pour une contribution financière, je le fais toujours. Après, je n’étais plus en activité comme joueur au Cameroun mais j’ai été envoyé en stage de formation comme Inspecteur des Impôts à l’Ecole des Impôts de Clermont Ferrand en France. Vous savez, le club  professionnel local, c’était le Stade Clermontois qui jouait en deuxième division à l’époque. Ils ont appris que l’ancien capitaine de l’équipe du Cameroun était en stage là-bas, ils sont venus me solliciter pour jouer avec eux et je me suis rendu compte que ce n’était pas possible parce que toute la journée, je suis au cours et le soir, il fallait que je rentre pour travailler. Les entrainements commençaient le soir pour se terminer vers 22 heures. Je ne pouvais pas concilier les deux : les études et le football, j’ai donc décliné l’offre qui m’avait été faite.

A suivre

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Résultats

Cameroun3:0Comores

Classement

PosTeamPWGDPts
100411
200211
30015
40005