Alioum Aladji : « Le sacre des Lions U17 ne nous surprend pas »

Président de Sahel FC de Maroua, Alioum Aladji ne lésine pas sur les moyens pour offrir à la jeunesse de la Région de l’Extrême-Nord, une réelle opportunité de faire carrière dans le football. Le centre de formation de l’équipe phare de la ville de Maroua gagne, sous sa direction en notoriété au fil des ans.  La présence systématique de ses joueurs dans les sélections jeunes ces dernières années est la preuve que le travail de fourmi abattu par le sénateur camerounais porte de bons fruits. Lionindomptable a pu obtenir son analyse sur le sacre des Lions U17 à la CAN Tanzanie 2019.

Quelle lecture faites-vous du sacre des Lions U17 à la CAN 2019 ?

Ma lecture de la prestation des Lions U17 à la CAN 2017 est celle d’un observateur qui était quand même très proche de l’équipe. Pour la majorité, c’est une surprise dans la mesure où nos jeunes Lions indomptables sont partis à la CAN sans participer à un championnat de jeunes proprement dit. Logiquement, ce n’était pas facile. C’est pour ça que beaucoup disent que c’est une surprise. Mais disons que pour moi qui ai observé cette sélection depuis plus de deux ans, ce n’est pas une surprise en tant que telle parce qu’il faut avouer que ces jeunes sont ensemble depuis un certain temps, avec un staff technique stable, des gens passionnés, Libiih Thomas qui n’a pas du tout abandonné malgré des conditions souvent extrêmement difficile de travail. Avec à ses côtés, quelqu’un qui a servi comme préparateur moral, psychologique, Lucien Mettomo qui encourage les joueurs, Et il faut aussi dire que la Direction Technique nationale à l’époque et surtout le coach Etienne Sockeng. Ils ont fait un travail de sape. Quand on voit cette équipe ajourd’hui, on pense notamment au dernier Montaigu, on pense à l’UNIFAC qui avait été organisée à Yaoundé et dont le Cameroun a gagné face à la RDC. On pense au tournoi UNIFAC en Guinnée Equatoriale, où le Cameroun a été sacré champion. Après, il y a eu le tournoi d’Antalya, en Turquie. Donc, il y a eu une continuité, les enfants ont eu le temps de se connaitre, et connaissant le fighting spirit des camerounais, a été inculqué à ces jeunes-là par les anciens tels que Libiih Thomas, Lucien Mettomo et les autres membres du staff. On se dit que : Oui c’était quand même assez surprenant mais nous, on attendait un peu parce que moi, j’avais des enfants qui ont toujours été sélectionnés dans cette équipe. Donc, je suivais tout ce qui se passait. Toutes nos félicitations à tous ces encadreurs.

Cette victoire n’est-elle pas l’arbre qui cache la forêt d’un football-jeunes abandonné aux formateurs que vous êtes ?

L’arbre qui cache la forêt ? Ça peut être ça. Mais je crois plus que ça peut être une victoire interpellatrice. Vous savez, les jeunes footballeurs au Cameroun, il y en a partout. Et aujourd’hui, malheureusement, il n’y a pas un championnat de jeunes, en tant que tel, or, notre jeunesse le mérite. Est-ce que la fédération a abandonné ce football-jeune aux formateurs que nous sommes ? En tout cas, en ce qui me concerne, je suis formateur pas seulement par passion mais je le suis par devoir. Vous savez, je suis dans une région quand même assez éloignée où il y a trop de problèmes, problèmes accentués par les problèmes d’insécurité. Donc, ce n’est pas très facile pour nos jeunes de pouvoir compétir avec leurs camarades, leurs frères d’autres régions. Ce n’est pas facile dans la mesure où nous n’avons même pas des infrastructures. Aujourd’hui, quand vous voyez le Centre, le Littoral, l’Ouest et le Sud-ouest et le Nord, il y a quand même des terrains gazonnés un peu partout. Ce n’est pas le cas des autres régions, notamment la mienne. Et avec mon parcours dans le monde du football, je dis, avec les privilèges et les honneurs que j’ai eus, je me dis : si je ne le fais pas, qui va le faire ? Donc, je ne peux pas dire que c’est abandonné et que c’est l’arbre qui cache la forêt. Nous faisons notre devoir. Nous devons donner espoir aux jeunes de cette région sinon, beaucoup de talents vont disparaitre sans avoir vu le jour. Et il faut aussi avouer que nous ne pouvons pas tout faire. Ce n’est pas facile, la région est très vaste, nous faisons ce que nous pouvons. Il faut sauver l’essentiel et nous allons toujours le faire. La fédération doit faire son travail. Moi-même j’ai été à la fédération, nous avons essayé et aujourd’hui, au niveau de la fédération, rien n’existe concernant le football des jeunes mais nous espérons que ça va venir. Mais ce qu’il faut dire, ce n’est pas seulement la fédération qui est interpellé. C’est tout le monde qui est interpellé. Le Gouvernement est interpellé, tous les amoureux du football, les élites sont interpellés, parce que, comme je dis, cette victoire est interpellatrice et il faut que chacun mette du sien pour que le football camerounais retrouve ses lettres de noblesse. Et ces jeunes nous ont démontré que c’est possible.

Quelle serait la solution pour pérenniser cette performance des Lions Cadets à la CAN 2019 ?

A mon avis, pour pérenniser cette performance des Lions, il faudrait dégager les moyens nécessaires pour que les encadreurs des jeunes puissent faire le travail… Il faut que la Direction technique nationale essaie de couvrir tout l’ensemble du territoire national par exemple en nommant des encadreurs soit au niveau des Départements, soit au niveau des régions qui seront en charge des détections, leur donner des moyens nécessaires. Peut-être faudrait-il donner ne serait-ce que des moyens matériels aux centres de formation qui ont fait leurs preuves, c’est-à-dire les aider ne serait-ce qu’en envoyant des techniciens ou alors du matériel pour leur permettre de continuer leur travail, essayer aussi d’organiser un bon championnat de jeunes. Je ne dirais pas un championnat au niveau national parce que c’est très difficile, notre pays est assez grand. Mais pourquoi ne pas organiser de bons championnats de jeunes au niveau de chaque région ou alors par zones. On peut diviser le pays en quatre zones et organiser un championnat des benjamins, des minimes, des cadets et des juniors et tout ceci sous la supervision de la Direction technique nationale. Et peut-être organiser des play-offs au niveau national, ce qui nous permettra de voir les meilleurs jeunes et surtout de les suivre. Je crois que des solutions existent et le Cameroun regorge des experts en la matière qui pourront certainement trouver des solutions. Mais il faut les moyens, on se donne des priorités et aujourd’hui, je pense que quand on voit le niveau de notre football, je crois que c’est mieux de se consacrer à ces jeunes-là. Nous pensons que d’ici trois, quatre, cinq ans, le Cameroun pourrait regagner la place qu’il n’aurait jamais dû quitter.

Après le sacre à la CAN, il y a la Coupe du Monde qui pointe à l’horizon. Quelle préparation préconisez-vous pour un meilleur résultat ?

La préparation pour la Coupe du Monde doit être très professionnelle. Il ne faut plus de place au hasard et à l’amateurisme parce que j’ai en mémoire notre dernière participation au tournoi de Montaigu, où les enfants sont partis du Centre technique de la FECAFOOT à Odza, dans des conditions… pour se retrouver en France face à des équipes comme la France, le Brésil… et nous avons ramassé des raclés. Ça, c’était une préparation et une participation improvisée. Aujourd’hui, la Coupe du Monde aura lieu en novembre. Nous avons du temps, il faut donner au staff technique qui a amené ces jeunes-là au sacre, des moyens pour faire une très bonne préparation. Beaucoup de regroupements, un suivi médical de haute qualité, leur permettre de faire des grands matches amicaux contre toutes les nations, du moins, les équipes de tous les continents parce qu’à la Coupe du Monde, on peut rencontrer le Japon, on peut rencontrer le Brésil, la France… Donc, il ne faut pas que ces enfants soient surpris pendant la compétition. Il faudra leur donner l’occasion de se mesurer à ces équipes-là,  de voir comment ça se passe et au besoin, de rectifier le tir. Nous avons la matière première, nous avons le staff qu’il faut. Maintenant, la balle est dans le camp de ceux qui peuvent mettre les moyens pour permettre cette préparation. Et nous pensons que si ces jeunes ont l’occasion d’avoir une bonne préparation, de rencontrer des équipes de différents continents, on ne sera pas surpris de les voir encore sur le podium.

Votre centre de formation historique Sahel de Maroua est de retour dans les sélections et sur l’échiquier du football jeune camerounais…?

Sahel a toujours été là. Comme je l’ai dit un peu plus haut, ce n’est pas facile à l’Extrême-Nord Vous savez, il y a trop de problèmes ces dernières années et ce n’est pas toujours évident. Parce qu’en plus de nos problèmes naturels – C’est une zone assez éloignée, les conditions climatiques ne sont pas bonnes, nous n’avons pas d’infrastructures – il s’est ajouté un problème d’insécurité qui a perturbé toutes les activités. C’est pour ça peut-être que Sahel, comme toutes les autres formations ou toutes les autres activités ont connu un coup de frein. Sahel est toujours là et je peux dire que ça fait deux ou trois ans où nos pensionnaires sont toujours représentés  à presque tous les niveaux du football jeunes : Juniors, cadets. Et je dois rappeler ici qu’en 2003, Sahel a également contribué à la victoire du Cameroun à la CAN U17 avec deux pensionnaires. Aujourd’hui, nous en avons. Je crois que nous allons tout faire pour pérenniser tout ce qui se passe. Aujourd’hui, nous sommes très fiers, très satisfaits de voir ces jeunes-là contribuer à un si haut niveau par la victoire du Cameroun, à hisser le drapeau camerounais le plus haut possible. Nous allons, du fait de cette victoire, mettre encore le paquet pour que les jeunes de cette région puissent aussi avoir l’opportunité de faire voir leur talent et de participer au plus haut niveau aux côtés de leurs frères des autres régions, à faire gagner le Cameroun et pourquoi pas à embrasser des carrières professionnelles pour pouvoir aider la région, aider le football dans la région, aider leurs familles et pouvoir vivre de leur talent. C’est tout ce qu’ils demandent. Il y a la passion, c’est un privilège mais aussi et surtout un devoir parce que si nous ne le faisons pas, je pense que ce sera aussi très compliqué pour tous ces jeunes-là. Donc, nous interpelons tous ceux qui peuvent nous donner un coup de main, de voir parce que dans la Région, il y a tellement de talents.

Votre mot de la fin

En guise de mot de la fin, disons que le Cameroun est une terre de football. Malgré le passage à vide que nous connaissons, nos jeunes ont démontré qu’ils sont capables. Beaucoup d’observateurs ont été surpris pourtant, je dis : nous, on n’a pas été surpris.  Nous qui sommes avec ces jeunes-là, nous savons que le meilleur reste à venir. Mais je voudrais profiter pour féliciter, remercier et encourager ceux qui donnent l’occasion à ces jeunes-là de pouvoir se mettre en valeur. Je pense à tous ceux qui ne lésinent pas sur leurs moyens pour organiser des tournois au niveau du Cameroun, des tournois de très haut niveau, notamment le G8 avec Maxime Nana. Je pense à tous les autres, notamment le tournoi  « Semences olympiques »… Je peux d’ailleurs dire que c’est grâce au G8 et au tournoi « Semences olympiques » que les jeunes venus de Maroua, très loin dans l’Extrême-Nord ont pu se mettre en valeur,  ont pu être vus par les encadreurs qui les ont appelés et aujourd’hui, nous voyons ces résultats. J’aimerais donc, pour finir, remercier tous ces gens et leur dire de faire encore davantage parce que pour ces jeunes, pouvoir participer à des tournois où des recruteurs des grands clubs européens viennent sur place pour les regarder, ça booste le moral et je peux dire aujourd’hui qu’au niveau de l’Extrême-Nord, c’est tous les jeunes qui attendent participer à ces tournois que je viens de citer. Je vous souhaite bon vent, à votre magazine qui fait aussi la fierté du football camerounais. Je remercie aussi tous ceux qui contribuent à faire rayonner le football-jeunes au Cameroun.

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Résultats

Cameroun3:0Comores

Classement

PosTeamPWGDPts
100411
200211
30015
40005