Exclusif – Fabrice Ondoa : « Il faut toujours être prêt »

Auteur d’une prestation majuscule lors de la rencontre amicale face à la Tunisie à Radès le 12 octobre dernier (0-0), Fabrice Ondoa qui n’a pas disputé une seule minute lors de la CAN 2019 a démontré face aux Aigles de Carthage qu’il n’avait rien perdu de sa superbe. Le champion d’Afrique 2017 nous a accordé une interview exclusive où il est revenu sur sa situation en club et en sélection sans oublier son avenir.

Bonjour Fabrice, comment allez-vous ?

Salut à vous. Je vais bien par la grâce de Dieu, Merci.

D’où vous vient le surnom du « CHAT » ?

En fait, ce nom de chat vient depuis quand j’étais tout petit. Dans le centre de formation où j’ai commencé AS Valence, on était en train de jouer, on m’a mis dans les buts et j’ai commencé à bien jouer. Je me débrouillais un peu et c’est delà que mes amis ont commencé à m’appeler le chat. Petit à petit, c’est resté ainsi. Chaque fois que je ne faisais qu’avancer, beaucoup de gens ne faisaient que continuer à m’appeler ainsi parce qu’en fait, c’est comme ça qu’ils appelaient Thomas Nkono et bien d’autres grands gardiens.

Quel est le meilleur souvenir que vous gardez de la CAN 2017 remportée par le Cameroun au Gabon ?

Pour moi le meilleur souvenir que je garde de la CAN 2017, c’est le match contre le Gabon. C’est le match qui a déterminé notre chemin pendant cette coupe d’Afrique. Vers la dernière minute, je peux sauver, en quelque sorte, l’équipe. Je suis au bon endroit et au bon moment. Là je vois vraiment la joie de tout un peuple, la joie de mes coéquipiers. A ce moment-là, je ne réalisais pas vraiment ce qui s’est passé mais c’est bien après que ça a été un soulagement pour tout le monde, parce que ça faisait pratiquement quelques temps que le Cameroun n’avait pas traversé cette étape de la compétition. Pour moi, c’est vraiment resté dans ma mémoire.

Quelle a été la recette du succès à la CAN 2017, avec une sélection qui a créé la surprise ?

 Moi je pense que la recette de cette équipe qui a remporté la CAN était l’état d’esprit du collectif et surtout les ainés qui ont accepté de jouer un rôle qui n’est pas facile. A l’exemple de quelqu’un que j’admire beaucoup, Nicolas Nkoulou qui commençait au banc de touche, qui a su garder son statut de leader, de grand frère avec son expérience qu’il a transmise au groupe. Il a amené la positivité qui a contaminé tout le monde. Que tu sois ancien, que tu sois nouveau, que tu sois plus petit, ça te contamine de voir les gens que tu regardais à la télévision qui sont avec toi et en train de traverser cette période difficile-là, mais qui sont avec le groupe, qui ne pensent que pour l’équipe, qui ne pensent que pour l’amour du pays. Cela contaminait tout le monde. Avec des gens comme Aboubakar Vincent qui sort du banc de touche pour nous donner la victoire. Nicolas Nkoulou qui était au banc, qui entre et égalise, Aboubakar qui était au banc, qui entre et met le but de la victoire. Ça dit la cohésion et la détermination, le respect qu’il avait dans cette équipe. Cet amour, ce respect qu’on avait les uns envers les autres, cette détermination-là, l’expérience des anciens, et aînés comme Siani qui s’est bien adapté au groupe. Il n’était pas ancien mais sa façon d’être était comme s’il avait déjà fait 10 ans dans cette équipe.

Et encore plus important, on avait un capitaine très intelligent, très posé, calme et très pacifique qui savait calmer les tensions, donner le bon discours au bon moment, Ben (Benjamin Moukandjo, ndlr) nous a beaucoup aidés. Il a été la bonne clé qui pouvait ouvrir n’importe quelle porte aux moments difficiles parce que, croyez-moi, nous en avons eu au point où nul ne pouvait imaginer tout ce que nous étions en train de vivre au Gabon.  Et il a su gérer ces grosses tensions là afin de rester focus sur notre objectif. Ce positivisme infranchissable, voilà en quelque sorte la recette qui nous a permis de remporter cette CAN 2017.

Meilleur gardien de la CAN Gabon 2017, équipe Type. Ça été la consécration de façon individuelle du « CHAT », et un amour du public Camerounais ?

Je pense qu’être meilleur gardien d’une compétition comme la CAN, c’est vraiment quelque chose de bien. Mais en ce moment-là, je ne pensais pas au titre de meilleur gardien ou quoique ce soit. Je pensais juste à aider mon équipe, mes coéquipiers, à mouiller le maillot à fond, à aller le plus loin possible dans la compétition. Ça c’est ce qui m’encourageait. Vraiment, ce que je voyais par rapport à l’équipe, par rapport au pays, à notre situation, ça me galvanisait chaque jour. Ça me permettait toujours de surpasser mes limites de toujours aller vers l’avant. Après s’il y a cette récompense là, ce n’est qu’un plus. Mais sinon à la base, ce n’était que de défendre valablement les couleurs de notre pays.

Changement de sélectionneur. A l’arrivé de Seedorf, il vous met directement sur le banc, quel a été votre sentiment durant cette période difficile (la CAN 2019) alors qu’on a été un élément majeur de l’équipe qui remportait la compétition à la précédente édition ?

Je pense qu’à l’arrivée du coach Clarence Seedorf, il a fait ses choix. Et il faut toujours les respecter. C’est difficile de rester sur le banc de touche et voir les autres, pas parce qu’on se dit meilleur ou moins méritant. Non, c’est juste parce que tu as envie d’être au stade pour te battre avec tes coéquipiers, tu as envie d’être au stade pour te battre pour ta patrie, à l’amour de tes compatriotes. Même au banc de touche, il y avait un rôle super important, c’était d’être avec le groupe. Comme certains grands frères l’ont eu en 2017 comme Nico, comme Vincent qui venaient du banc de toucher pour décanter les situations, je pense qu’il fallait abattre ce travail en dehors du stade. Il fallait être présent pour mes coéquipiers et être là pour le groupe. Il fallait se battre ensemble. Surtout pour continuer avec ce respect et cette humilité que le groupe a toujours eu. J’essayais de garder cela parce que ce n’est pas facile. Mais il faut accepter les choix du coach. C’est comme ça et surtout les respecter et respecter ses coéquipiers. Je pense que ça c’est la base. Et j’essayais de rester égal à moi-même que ce soit lors des entrainements ou aux matches amicaux. Il faut toujours rester égal à soi-même et continuer à travailler pour la progression du groupe.

Qu’est-ce qui aura manqué au Cameroun selon vous pour conserver le trophée en Egypte ?

Ce qui nous a manqué, c’est un peu de réussite, un peu de chance aussi. Comme on le dit si bien, la chance, ça se cherche. On connait un peu ce qui s’est passé avant le début de la compétition. Ça n’a pas été facile pour nous d’aller à une telle compétition, après tout ce qui s’est passé, à la veille de cette compétition. Je ne vais pas dire que l’excuse c’est par rapport à ce qui s’est passé avant la compétition. Vous savez, quand on va à une telle compétition, je pense que tout le monde doit être concentrés au maximum sur ce qui se passe au stade et aussi en dehors. Ça dérange, parce qu’à la longue ça commence à être gênant par rapport aux mêmes problèmes de tous les jours. On ne va pas revenir dessus. Mais ça a beaucoup influencé dans notre sortie prématurée.

Votre concurrent (André Onana) a déjà encaissé 27 buts en 14 journée de Jupiler pro League (moyenne 2 buts encaissés par match) depuis le début de saison. Ça fait 6 matchs d’affilée que votre club perd les matchs avec des scores lourds, à la différence de la saison dernière où vous étiez titulaire. On ne comprend pas pourquoi le Coach ne vous donne pas l’opportunité de recommencer à garder les goals d’Ostende car dans le football c’est en période de défaite qu’on trouve les solutions par le changement ?

Oui en club, je pense que c’est difficile. C’est un peu compliqué, malgré que je ne comprenne pas les choix de l’entraineur. Déjà les joueurs ne vont jamais comprendre les choix des entraineurs mais il faut toujours les respecter. Comme je l’ai dit, il faut toujours respecter les choix de l’entraineur. C’est lui qui décide, il assume ses choix et nous les joueurs, on ne peut que les respecter. A mon niveau, je dois toujours continuer de travailler comme je suis en train de le faire maintenant, de me battre et être prêt au moment où l’entraineur va me donner mon opportunité. Il m’a donné l’opportunité en coupe où j’ai joué nous avons gagné 2-0, ça s’est bien passé. Maintenant, on continue de se battre, on continue de travailler, tout en espérant que l’opportunité en championnat puisse se présenter. Le club passe les moments vraiment difficiles et moi je ne regarde pas que mon aspect personnel. En général, c’est difficile pour mes coéquipiers de traverser cette période pour nous footballeurs. Je continue de travailler pour aider le groupe au maximum, de transmettre toujours la bonne énergie et de pouvoir essayer de sortir de cette période difficile qui afflige le groupe en ce moment. Par la grâce de Dieu, espérons que ça puisse changer.

Tout le monde reconnait en vous les qualités d’un grand gardien. Mais la réussite a du mal à vous sourire en club comme en sélection. Comment vous l’expliquer alors qu’on sait qu’un gardien a besoin de confiance ?

Oui, je crois que c’est une situation un peu difficile et compliquée même à expliquer. Je crois ça vient depuis l’Espagne où j’étais dans un championnat qui n’avait pas de période FIFA. Et j’étais en deuxième division que ce soit avec le Barça B, ou le Gymnastique de Tarragone ou encore avec le FC Séville, c’était en deuxième division. Comme on le connait bien, la deuxième division en Espagne ne s’arrête pas pendant les périodes FIFA. Ils continuent de jouer. C’était compliqué qu’en club on me fasse confiance étant donné que lorsqu’ils seront en train de jouer, toi tu seras en équipe nationale. Je crois qu’en 2017, c’est ce qui s’est passé aussi avec Séville qui savait que j’allais aller en coupe d’Afrique en période d’hivers, que j’allais être absent durant un bon bout de temps. Donc c’était un peu compréhensif.

L’année passée j’ai eu l’opportunité de jouer plus de 24 matches en première division en Belgique. Ça s’était plutôt bien passé. Je commençais à retrouver de très bonnes sensations en Europe. Cette saison, ce n’est pas le cas. Il faut aussi souligner le départ du président, du coach et du directeur sportif de l’année passée. Il y a un nouveau président, un nouveau directeur sportif et un nouveau coach. Et il faut respecter les choix du coach. Il les assume, même comme c’est compliqué mais il faut continuer de se battre. Et rester soi-même comme je le suis en ce moment. De continuer de travailler, d’apporter toujours l’énergie positive. Il faut toujours être prêt au moment où l’opportunité sera donnée. Mais si ce n’est pas le cas à Oostende, ce sera le cas ailleurs dans d’autres pays. La saison est encore longue, mais ce sont des options valables à regarder, surtout regarder vers l’avant et rester positif.

Après l’échec de la CAN Egypte 2019, un nouveau sélectionneur est arrivé : Conceicao. Lors du match amical Tunisie-Cameroun, le 12 octobre 2019, il vous titularise dans les buts des Lions Indomptables et vous vous êtes illustré par une grande performance. Quel a été votre sentiment ? Y avait-il derrière vos exploits un désir de revanche ?

Oui après l’arrivée de Conceiçao, beaucoup de chose ont changé encore. Il m’a fait confiance mais ce n’est pas avec un sentiment de revanche. Tout au contraire, ça n’a absolument rien à y voir. C’est juste défendre les couleurs du pays. C’est tout ce qu’il y a à faire. Ça n’a jamais rien eu de personnel ou quoique ce soit. C’est juste qu’à chaque fois que j’ai l’opportunité de mettre ce maillot, de mettre cet emblème, c’est quelque chose de spécial. C’est une grosse flamme d’amour pour mon pays qui s’allume dans mon cœur. Ça c’est comme porter son uniforme, prendre son arme et aller à la guerre. C’est toujours ce sentiment que moi j’ai. Chaque fois que j’ai l’opportunité de défendre mon pays, je le fais avec détermination. J’essaie de toujours donner le meilleur de moi-même pour aider mes coéquipiers et surtout porter très le haut le drapeau de mon pays.

C’est le retour du « CHAT » aussi bien en sélection qu’en club …

Je dirais que ce n’est pas la façon de dire le retour du chat, mais je pense que c’est le retour du Cameroun. C’est le retour des Lions Indomptables qui fait aussi appel à son public chaleureux pour leur dire que nous sommes là. On a trébuché, mais il est temps de se relever tous ensemble pour préparer cette grande fête qui se fera chez nous. Je pense que le message, c’est le retour des Lions. Qui dit retour des Lions, dit retour du Cameroun. Le retour du public, de tous les fans des Lions Indomptables qui, en quelque sorte, ont été déçus pour cette prestation à la CAN 2019. C’est le retour de nous tous. C’est le retour de tout le monde de vibrer ensemble, de crier ensemble, de jubiler ensemble, de se battre ensemble afin que nous puissions garder ce trophée chez nous. C’est ça notre objectif. C’est pour dire que c’est le retour d’une nation, d’une passion et c’est le retour des Lions Indomptables.

Quel sentiment éprouvez-vous d’être ambassadeur d’un très grand organisme humanitaire mondiale comme L’UNICEF ?

Pour moi c’est un honneur, c’est très spécial parce que ça a toujours été un rêve pour moi d’aider au maximum possible ces enfants, de pouvoir défendre et faire appel à leurs droits, aussi leur faire savoir qu’ils ne sont pas seuls, ils ne sont pas abandonnés qu’ils peuvent toujours compter sur nous. Mon plus grand rêve a toujours été de donner du sourire, de l’espoir, et un avenir meilleur à ces enfants qui n’ont presque rien, parfois même d’autres qui ont déjà tout perdu. Quand je parviens à voir ces enfants rires avec un regard rempli d’espoir, ça me fait très chaud au cœur et ça me pousse toujours à penser à faire plus pour eux car c’est pas seulement pour les enfants de l’Unicef, sinon pour toute la jeunesse Camerounaise car cette jeunesse est l’espoir d’un pays, l’avenir d’une nation et l’héritage d’un peuple alors il faut se rassurer que cela restera toujours entre de bonnes mains et faire le maximum possible afin que ces enfants aient les mêmes possibilités pour un avenir meilleur.

 Un mot pour la fin …

Pour terminer, je tiens à présenter mes sincères condoléances à toutes les familles abattues, à toutes les familles qui ont été touchées par cette catastrophe de Bafoussam. Et aussi dire que nous allons faire le maximum d’effort puisque nous allons nous battre pour notre chère patrie et en plus pour ces zones qui traversent les moments difficiles. Bamenda, le nord-ouest, nous sommes tous avec vous, avec Bafoussam. Nous saluons nos soldats qui se battent contre Boko Haram. Nous sommes vraiment avec eux. On ne peut que les encourager par nos victoires pour leur donner la force de continuer à se battre. Et aussi maintenant pour tous les camerounais, nous sommes conscients, nous sommes en train de retrouver la cohésion et cette cohésion, cette détermination, cette combativité, nous les avons eues en 2017. Ce qui nous a permis de ramener ce sacre au Cameroun et nous espérons encore avoir tout ça pour pouvoir garder le trophée chez nous. Nous faisons aussi cet appel national à tous les fans que ce fanatisme des Lions revienne afin qu’ils reviennent nous supporter et nous encourager nombreux dans nos stades au Cameroun pour que nous puissions nous battre ensemble et je veux aussi vous rassurer que Fabrice va bien, vraiment bien en pleine forme, déterminé qui continue de travailler afin que nous puissions toujours avoir un futur meilleur. Merci, bien de choses à vous et à bientôt.

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Cameroun3:0Comores

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