Loïc Feudjou : « J’attends le moment opportun pour pouvoir rebondir »

Cela peut paraître invraissemblable mais Loïc Feudjou, gardien numéro 2 du Cameroun lors de la Coupe du Monde Brésil 2014 est au chômage depuis cinq mois. Après une mésaventure avec le club arabe Al Orubah qui l’employait, l’ancien gardien de Coton Sport de Garoua a préféré cassé son contrat et revenir auprès de sa famille au Cameroun. En quête d’un nouveau point de chute, il se dit ouvert à toutes les propositions, y compris celles venant des clubs du championnat camerounais. Pour garder la forme, le portier qui n’a plus été appelé en sélection depuis le retour du Mondial brésilien s’entraine dur tous les jours. Lion Indomptable l’a rencontré au tournoi amical Fair-Play Bépanda Infos Foot où il évolue dans une « Dream Team » constituée pour l’essentiel d’ex joueurs des championnats camerounais actuellement au chômage.

Vous venez de vous qualifier pour la finale du Tournoi Fair-Play Bépanda Infos Foot, quel est votre sentiment ?

Déjà, c’est une très grande fierté pour moi de pouvoir rejouer avec tout ce beau monde avec lequel on a partagé de meilleurs moments dans le championnat camerounais. On s’entraine ensemble depuis longtemps. Je ne prends que du plaisir à jouer avec eux surtout ce championnat Fair-Play organisé par Bépanda Infos. Je ne peux que prendre du plaisir et être content d’être là.

Beaucoup de fans du football camerounais vous redécouvrent ici après un long moment. Peut-on savoir que devient Loïc Feudjou aujourd’hui ?

Loïc Feudjou est toujours le même footballeur professionnel que vous avez connu. C’est juste qu’il est à la recherche d’un club aujourd’hui. C’est vrai que le mercato est passé pour ceux qui sont sous contrat. Mais pour nous qui sommes sans contrat, ce mercato est ouvert jusqu’à n’importe quel jour. J’attends le moment opportun pour pouvoir rebondir, pourquoi pas avec une équipe camerounaise. Les portes sont ouvertes à tous les clubs, mais maintenant, c’est juste qu’il faut répondre à des attentes et qu’on puisse trouver des points de repère ensemble.

Sur votre état de forme, on a remarqué à travers ce tournoi que vous restez le même. Cela veut dire que malgré le chômage, vous travaillez au même rythme ?

Il faut le dire, c’est le même rythme de travail. C’est juste que mentalement, ce n’est pas trop la même chose. Vous savez, le football se joue à 90% mentalement et le physique complète juste à 10%. Je crois qu’en jouant ce tournoi, j’essaie de prendre mes repères puisque je fais un travail spécifique depuis cinq mois et j’enchaine les matches depuis trois à quatre jours et ça me permet de garder le rythme. Après ce tournoi, je pense que je vais continuer à travailler et espérer jouer d’autres compétitions de ce genre pour garder mon même niveau parce que c’est important de garder le niveau qu’on a, c’est ça qui nous permet d’être performants, de pouvoir trouver un employeur.

Avez-vous des sollicitations pour le moment ?

Les sollicitations, il y en a toujours, ça je ne vais pas vous mentir. Mais le plus difficile sur les sollicitations, c’est de les concrétiser. Il faut une entente dans le contrat. J’en ai beaucoup et je pense que d’ici peu de temps, si tout se passe bien, les choses vont très bientôt s’améliorer.

Est-ce que le fait que le Cameroun accueille le CHAN dans quelques mois peut vous motiver à choisir de vous engager dans un club camerounais ?

Comme  je le dis toujours, l’homme propose et Dieu dispose. Les portes sont ouvertes à tout le monde, je ne les ferme à personne. Je ne suis qu’un footballeur et j’ai des employeurs qui sont les clubs et des présidents de clubs. S’il y a un projet qui m’intéresse, pourquoi ne pas me lancer. En me lançant, je pourrais aussi faire partie de l’équipe qui pourra jouer le CHAN 2020 au Cameroun. C’est un tournoi médiatisé, il attire beaucoup de managers et beaucoup de clubs. Je suis un footballeur professionnel, s’il y a des propositions, pourquoi pas !

Est-ce que vous pouvez nous raconter ce qui s’est passé pour que vous vous retrouviez aujourd’hui au chômage au Cameroun ?

J’étais dans une équipe très compliquée en Arabie Saoudite (Al Orubah). Avant d’y arriver, l’agent qui m’y a amené m’a très bien parlé de ce club mais quand je suis arrivé, c’était difficile à tous les niveaux. C’était trop difficile. Je me retrouvais à un niveau qui n’était pas si différent de ce que nous connaissons au Cameroun. Tu as une voiture mais on ne te donne pas de bon de carburant, on ne te donne pas de salaire, pas de primes de matches mais on voudrait que tu t’entraines tous les jours dans des conditions normales. C’est impossible. Etre professionnel, c’est d’abord être bien mentalement. Si mentalement, tu n’es pas bien, tu ne peux rien faire physiquement parce que c’est le mental qui dirige le physique. Nous avions de très mauvaises performances bien évidemment, puisqu’il n’y avait pas le suivi. Vous savez, les arabes ne sont pas comme les africains, ils n’ont pas cette hargne, ce fighting spirit que les africains ont et eux, ils jouent pour le plaisir tandis que nous jouons parce que c’est notre métier. Ils se font plaisir, ils ont beaucoup d’argent, ils ont des puits de pétrole, ils ne cherchent plus d’argent. C’est nous les noirs qui soufrons. C’était préférable pour moi de rentrer au pays parce que le club ne voulait plus que je m’entraine. J’étais à cinq mois sans salaire, trois primes de matches impayées, ma famille ne pouvait pas venir me retrouver parce qu’ils ne voulaient pas que nos familles viennent. Toutes les conditions étaient réunies pour que tu ne puisses rien faire de bon. Je ne voulais pas faire des problèmes, j’ai voulu à un moment porter plainte à la FIFA mais je les ai vus après pour faire un arrangement pour qu’on me laisse rentrer et être près de ma famille. Je suis rentré parce que rien n’était professionnel. Je suis professionnel et j’ai besoin d’être là où il y a un projet. Il n’y avait pas un projet, il n’y avait plus d’intérêt et j’ai préféré tourner la page.

Quand on s’appelle Loïc Feudjou et qu’on a une Coupe du Monde à son actif (2014), des CAN, des champions Leagues de la CAF, est-ce qu’on nourrit encore des rêves ?

Oui, bien évidemment ! Sans vous mentir, j’ai beaucoup de rêves et je crois que ces rêves vont se réaliser parce que je suis un travailleur. Depuis 5-6 mois que je suis au pays, je travaille dur, je ne me suis jamais reposé. Je bosse deux fois tous les jours. Si je n’avais pas ces rêves, je pense que je ne devrais plus travailler.

Peut-on avoir quelques un de ces rêves ?

Mon rêve c’est de continuer à travailler rester dans le haut niveau. Quand tu es dans le haut niveau, tout est possible. Toutes les situations positives s’ouvrent et tu as la possibilité de participer à de meilleurs tournois et meilleurs championnats du monde ou d’Europe, ou d’Afrique.

Revenu au Cameroun, vous avez certainement eu l’occasion d’assister à quelques matches du championnat camerounais. Avez-vous l’impression que quelque chose a changé par rapport à l’époque où vous étiez là ?

Je dirais que les choses ont beaucoup changé parce que les meilleurs veulent toujours partir. Ceux qui sont là, ce sont des jeunes qui ont faim mais des jeunes moins talentueux qu’à notre époque. A notre temps, il y avait beaucoup de talents et on ne pensait pas beaucoup à l’argent. Aujourd’hui, vu qu’on a déjà goûté à de l’argent, vu qu’on a commencé à jouer dehors et que nous sommes déjà professionnels, c’est difficile de revenir pour se relancer. Mais c’est faisable. Je pense que le niveau du championnat a un peu baissé, ça, il ne faut pas se mentir. Cela se voit au niveau de l’équipe nationale où on n’appelle plus vraiment des joueurs locaux comme avant. Je ne sais pas si on a appelé deux joueurs locaux pour une grande compétition depuis que je suis parti…

Parlant de l’équipe nationale, depuis le retour de la Coupe du Monde Brésil 2014, vous n’avez plus été appelé malgré vos performances en club. Avez-vous à un moment eu l’impression d’être victime d’une injustice ?

Comme je le dis toujours, je n’aime pas me plaindre. Tout ce que je sais faire, c’est de travailler dur. Vous savez, dans le football au Cameroun, il y a des décideurs et je n’en suis pas un. Si j’étais celui qui décidait, je devais revenir en équipe nationale. Mais je pense que j’ai subi cette injustice puisqu’on ne m’a jamais dit effectivement pourquoi j’ai été écarté. Peut-être qu’il y a d’autres raisons mais les raisons sportives, je n’en connais pas. Peut-être aussi parce que je jouais au Soudan ou en Arabie Saoudite où les championnats ne sont pas assez médiatisés. Cette fois-ci, ce que je veux vraiment, c’est de trouver un club en Europe. Un club où je pourrai être vu, un club où je pourrai jouer. Je pense qu’en ce moment, si je joue et qu’on ne me rappelle pas, je comprendrai que j’ai fait ce qu’il fallait faire et les choses n’ont pas marché, pas parce que je n’ai pas pu mais parce qu’on ne voulait pas que je revienne.

Pensez-vous vraiment que vous avez encore des chances d’être convoqué en sélection ?

Oui, pourquoi pas ! J’ai 27 ans et je suis un gardien de but. Si je suis dans une bonne équipe en Europe, peu importe le championnat (1ère, deuxième division) et que je joue, c’est fort probable qu’on me rappelle. Je pense que ce qui m’a pénalisé, c’est que je jouais au Soudan et en Arabie Saoudite. C’est vrai qu’il ne faut pas cracher dessus. Aujourd’hui, je cherche un nouveau challenge en Europe et je pense qu’avec ça, les dirigeants auront l’amabilité de pouvoir me rappeler.

Votre mot de fin !

Tout ce que je peux dire, c’est que Loïc Feudjou est au Cameroun, il travaille dur jour et nuit et il attend juste des propositions. Les portes sont ouvertes à tout le monde.

La Rédaction

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Cameroun3:0Comores

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PosTeamPWGDPts
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200211
30015
40005