LUCIEN METTOMO (2/2) : “LE FOOTBALL, C’EST LE TERRAIN”


Après avoir retracé sa carrière de joueur, notamment du côté de l’AS Saint-Etienne en première partie, Lucien Mettomo revient ici sur sa conception du football, et ses projets futurs.

Pour rebondir sur l’actualité, que pensez-vous de l’arrêt des championnats français. Etait-ce prématuré ?

Mon avis, c’est que la santé des joueurs et des personnes est préoccupante. De ce point de vue-là, il fallait peut-être arrêter. Après, la Ligue de football a un statut international et elle doit faire jouer ce statut-là. Donc, je trouve que ça été précipité. On aurait dû attendre, de voir un peu comment ça allait évoluer. Mais de la manière sèche dont ça a été annoncé, j’ai trouvé ça embêtant. Quand on est face à une épreuve, il ne faut pas se précipiter surtout vu les incertitudes. Moi, j’aurais attendu. De toute façon, de mon modeste point de vue, tu ne perds rien à attendre. Là tu crées des frustrations. Au bout de ce temps-là, on aurait pu dire il y a rien à faire. Mais là, de couper comme ça, de voir que les autres pourraient jouer, c’est embêtant.

Vous n’êtes certainement pas le joueur qui avait joué dans le plus de clubs. Néanmoins, vous avez connu de nombreux pays surtout à la fin de votre carrière. Est-ce que ce sont simplement des choix sportifs ou bien cela relève-t-il d’une certaine conception de votre métier à savoir voyager et découvrir de nouvelles cultures, de nouvelles langues et professionnellement parlant un nouveau football ? Est-ce ce côté enrichissant que vous recherchiez ?

J’ai surtout essayé de rechercher la stabilité que j’avais à Saint-Etienne. Malheureusement, je ne l’ai pas trouvée. Je suis allé en Angleterre, oui, c’était bien, à Manchester City, avec Anelka, Benarbia, j’ai rencontré énormément de personnalités du football. Mais j’étais confronté à des problèmes personnels et j’ai voulu changer d’air. J’ai donc fait le choix d’aller en Allemagne, qui je pense n’était pas le bon. J’aurais pu, j’aurais dû revenir en France. Mais j’ai choisi l’Allemagne et c’était catastrophique.

Vous y êtes pourtant resté près de trois ans ? Que voulez-vous dire par catastrophique ?

C’était terrible car j’étais frustré par des performances sportives que je n’arrivais pas à atteindre et ma vie personnelle qui n’était pas bonne. Je n’avais pas ma famille avec moi, j’étais dans un divorce qui me prenait énormément de temps, je ne voyais pas ma fille, c’était très compliqué. J’ai voulu aller plus loin en me disant que d’aller dans un pays comme la Grèce où je me suis rendu, ou en Turquie, ça allait m’éloigner pour mieux rebondir. Mais non, c’était une bêtise. Cela ne m’a pas aidé du tout. J’ai donc décidé d’arrêter.

Vous n’avez jamais eu la possibilité de rentrer en France ?

Si, justement j’en ai eu la possibilité à Saint-Etienne quand Frédéric Antonetti en était l’entraîneur. J’en ai eu donc l’opportunité mais malheureusement ça ne s’était pas fait. Je n’avais mis aucune condition pour revenir, j’étais déjà heureux à l’idée de faire mon retour mais malheureusement ça ne s’est pas concrétisé. J’ai eu aussi l’opportunité de rejoindre Metz mais je n’avais plus la tête à ça donc j’ai arrêté.

Vous auriez pu envisager de jouer pour un autre club français que Saint-Etienne ?

Oui, bien sûr. A partir du moment où j’avais fait mon tour des clubs, revenir dans un autre club français que l’ASSE, oui. Vu qu’ils ne m’avaient pas donné la possibilité de revenir, pourquoi pas. Après aurais-je pu retrouver ce que j’avais vécu à Saint-Etienne ? Je ne peux pas l’affirmer. Mais j’aurais bien aimé revenir en France et y rejouer. J’ai même eu la possibilité de rejouer pour des clubs en National, mais ça ne s’est pas fait.

Avec le recul, je suppose que le championnat français est celui qui vous a le plus plu ?

Absolument.


Que représente le maillot des Lions Indomptables pour vous ? 39 sélections, 2 CAN remportées, une participation à la Coupe du monde 2002 et une finale de Coupe des confédérations, on peut dire que votre carrière internationale a été plus que remplie ?

Modestement, on peut dire qu’elle a été bien remplie. Je pense que le maillot du Cameroun pour moi représente la même chose que celui de l’équipe de France pour les joueurs français. C’est toujours quelque chose d’extraordinaire. On est choisi pour représenter son pays. Je l’ai fait avec beaucoup de modestie mais aussi beaucoup de détermination. Je suis fier des actes et des minutes que j’ai joué sur ce maillot-là pour donner du bonheur et du plaisir à des Camerounais. Tout simplement.

D’ailleurs, vous étiez le manager des moins de 17 ans du Cameroun où vous allez remporter la CAN en 2019 après seize ans d’attente. Vous parliez à ce moment de méritocratie ? Que vouliez-vous dire par là ?

C’est quelque chose que j’ai présenté au comité exécutif du football camerounais en 2015. J’ai eu des discussions avec des membres de ce comité. Je leur ai dit que j’avais un concept qui s’appelle la méritocratie. Je l’explique. Le football, c’est le terrain. Je ne crois pas au football hors du terrain. Si vous êtes meilleurs à l’entraînement, vous jouez. Si vous êtes meilleurs en matchs, vous gagnez. Si vous avez gagné, vous serez meilleurs en termes de palmarès. C’est ça que j’appelais le concept de la méritocratie. Vous êtes meilleurs à l’entraînement, dans l’attitude et le jour du match et vous allez gagner. C’est la méritocratie. Il n’y a pas de passe-droits. Seul le terrain et vos performances jouent pour vous. J’étais à notre victoire en Tanzanie et j’étais fier de ça. De pouvoir dire : mission accomplie.

Le Cameroun a gagné cette Coupe uniquement parce qu’il était meilleur en appliquant donc le principe de méritocratie ?

Tout simplement, sur le terrain. Et, je pense que ceux qui ont suivi ça peuvent le confirmer sans excès. Franchement, c’est l’équipe qui a mérité de gagner.

Ce besoin de transmettre votre expérience aux jeunes c’est important ?

C’est très important pour moi. D’ailleurs, c’est pour ça qu’entre autres, j’ai mis en place au niveau du Cameroun, une académie de foot qui s’occupe des jeunes de 8 à 15 ans. Je n’hésite pas, quand mon temps me le permet, de me retrouver au niveau des enfants et de leur dire ce que c’est le football que je connais modestement. Mais, moi je suis ouvert. Quand je suis chez moi au Cameroun et que vous me rencontrez, qu’un joueur me rencontre, je lui donne toujours le temps qu’il faut pour échanger, pour parler de football, de mon vécu, de ce que c’est le football et je lui dis toujours : c’est la méritocratie. Si vous êtes disciplinés, vous arriverez au bout. Cela nécessite que vous soyez à l’heure à l’entraînement, que vous écoutiez les consignes de votre entraîneur, que vous respectiez vos collègues. Bref, quand vous mettez une exigence qui va vous permettre d’arriver au haut niveau. Ceux qui font une grande carrière et qui sont des grands joueurs sont ceux qui ont cette exigence. C’est tout simplement ça la méritocratie.

La méritocratie est un principe essentiel, on n’a rien sans travail…

Absolument. Vous voyez les meilleurs aujourd’hui comme Messi, Ronaldo ou Mbappé qui arrive, ces joueurs-là ce sont des bosseurs. Ils ne comptent pas le temps qu’il mettent pour atteindre leurs performances. Quand on voit combien de temps les deux ont duré et durent encore, ou la progression de Mbappé, elle n’est pas due qu’au talent, elle est due beaucoup au travail.


Pour revenir sur les moins de 17 ans, il y a malheureusement cette Coupe du monde ratée au Brésil en 2019. Comment l’expliquer après une si brillante CAN ?

Nous sommes là dans les réalités africaines. J’explique. Il y a des gens en Afrique qui ne comprennent pas que le football c’est la base. Je veux dire les jeunes en parlant des gens. On ne construit pas par le haut. On construit par le bas. Donc, vous avez des gens qui débarquent à la Fédération. J’ai beaucoup de respect pour eux mais qui vous racontent tout et n’importe quoi, qui font tout pour que vous échouiez. Personnellement avant d’aller à la Coupe du monde, je me suis dit « j’arrête » mais quand j’ai vu tous les jeunes à qui j’ai dit à quel point il fallait travailler dur, comment c’est un honneur de représenter son pays, j’ai dit : « je ne vais pas lâcher ». Même si au fond de moi, je leur disais les gars « nous ne gagnerons pas », participer à une Coupe du monde, c’est quelque chose qui restera dans l’histoire. Mais en tant que professionnel modeste, je me suis dit que ça allait être dur de faire une performance. Néanmoins, comme quelqu’un l’a dit l’essentiel c’est de participer et de faire bonne figure. Voilà on y est allé et on a vu l’écart avec les autres équipes. C’est le discours que j’ai donné aux jeunes à la fin, regardez cet échec comme l’opportunité de grandir. Regardez les équipes contre lesquelles vous avez joué, les joueurs que vous avez affronté, et dîtes-vous que vous les rencontrerez plus tard dans d’autres conditions.

Vous faire remercier de cette façon vous et tout le staff, n’était-ce pas ingrat ?

C’est vrai que ça été le summum. On a appris l’existence du communiqué alors qu’on était dans un vol Sao Paulo-Istanbul. C’était incroyable. Mais, nous étions dans ce staff, pour la plupart, des sportifs rompus à la tâche. Nous savions que quand nous sommes dans un staff, et plus particulièrement entraîneur, le jour où vous rentrez dans un club, vous faites votre valise en même temps. Nous savions que dès le départ, vu comment c’était parti, qu’on irait pas au bout. Donc, nous étions préparés. Nous avons juste essayé de dire modestement aux gamins : « ne flanchez pas, croyez en vous ». Tout ce qui a été fait, cette communication, tout le reste, on a tout fait pour que ça ne nous atteigne pas. Mais vous savez, seul le terrain est juge et dit la vérité.

Mais quels étaient les objectifs de la Fédération pour cette Coupe du monde ?

Je ne peux pas vous dire quels étaient les objectifs de la Fédération parce que le seul bureau qui s’est installé, nous n’avons jamais eu d’échanges avec eux pour discuter. Je ne savais même pas s’ils voulaient qu’on y aille. Mais, je ne peux malheureusement, vraiment pas vous dire quels étaient les objectifs.

Quels sont vos projets aujourd’hui ? On parlait de vous notamment comme possible consultant ?

Des projets, on en a toujours. Après, il faut voir ce qui est faisable et ce qui ne l’est pas. Il est vrai que ce qui m’a toujours attiré, c’était de faire du consulting, d’être dans un rôle de management. Mais, pas forcément entraîneur. Je voudrais plus être dans la revue d’effectif, donner des conseils. Par exemple, quand je suis avec les entraîneurs des jeunes de mon académie, je me mets en retrait, je ne donne pas de directions. J’essaye d’avoir une vision différente de ce que certains font.

Vous n’avez pas eu de touches en France ?

Je suis en échange avec quelques personnalités, quelques médias. Mais, j’ai quelqu’un qui s’en occupe. Je lui laisse le soin de parler de tout ça.

Source: Onzemondial.com

Please follow and like us:

Read Previous

France: Choupo et le PSG pourraient reprendre le 22 juin

Read Next

Hertha Berlin: Jessic Ngankam passe pro

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *